La loi de Parkinson en mobilité internationale : pourquoi on débat 1h sur 500€ et 5 minutes sur 150 000€

Il y a une chose que j’ai observée des dizaines de fois en mobilité internationale.

En réunion, j’ai passé 10 fois plus de temps à débattre de sujets à 500€… que de sujets à 150 000€.

Et plus je gagne en expérience, plus je me rends compte que ce n’est pas un hasard.

C’est presque une mécanique.

Cette mécanique a même un nom : la loi de futilité de Parkinson.


La loi de futilité de Parkinson : de quoi parle-t-on ?

Le principe est simple :

Plus un sujet est complexe, plus on le valide vite, parce que peu de personnes osent poser des questions.

Plus un sujet est simple, plus il déclenche des débats interminables, parce que tout le monde comprend… donc tout le monde a un avis.

Parkinson, historien britannique, a observé ce phénomène dans les comités administratifs : on peut valider une décision à plusieurs millions en quelques minutes, mais passer 45 minutes à débattre d’un abri à vélos.

En mobilité internationale, c’est exactement la même logique.

En mobilité internationale, les “petits sujets” prennent toute la place

Dans un comité mobilité, on peut valider en 5 minutes un transfert international qui va coûter 150 000€ par an… ou le double.

Et pourtant, on peut passer 1h30 sur des points comme :

  • À partir de quel temps de trajet on passe en Premium Economy ?

  • Quel budget d’accompagnement conjoint est “acceptable” ?

  • Quels faux frais rembourser (visa, passeport, traductions, photos, déplacements, etc.) ?

  • 2 ou 3 allers-retours annuels ?

  • Quelles limites sur les bagages ?

Et parfois, la réunion se transforme même en débat philosophique sur des sujets très révélateurs :

“Vivre en Inde, ce n’est pas si compliqué, donc à quoi bon une prime de hardship ?”

“Est-ce que la pollution justifie vraiment qu’on prenne des mesures ?”

“On ne veut pas faire de nos expats des divas.”

“Est-ce qu’on doit continuer à fournir un chauffeur dans certaines destinations ?”

Soyons clairs : ces sujets ne sont pas inutiles.

Ils comptent.

Ils ont un impact sur l’expérience collaborateur, sur la perception d’équité, sur la cohérence de la politique mobilité.

Mais le problème, c’est qu’ils prennent parfois 80% du temps.

Pourquoi ?

Parce qu’ils sont faciles, concrets, maîtrisables.

Et surtout : tout le monde peut s’exprimer dessus sans prendre le risque de “mal paraître”.

Pendant ce temps, les sujets qui coûtent vraiment cher sont survolés

Ce qui est plus inquiétant, c’est ce qui se passe en parallèle.

Pendant qu’on débat sur des détails, les sujets profonds (et réellement coûteux) passent souvent trop vite.

1) Le fit du profil avec le pays

Autonomie, maturité, capacité d’adaptation, posture interculturelle…

Ce sont souvent ces critères-là qui déterminent la réussite d’une mission.

Et pourtant, ils sont rarement discutés de manière structurée.

2) Le fit du profil avec le poste

Est-ce qu’on envoie quelqu’un parce qu’il est bon techniquement… et qu’on n’a personne d’autre ?

Ou parce qu’il est réellement taillé pour une mission internationale, avec un environnement instable, une pression forte, et des zones grises permanentes ?

3) Le ROI de la mobilité

Objectifs, livrables, impact business, trajectoire après mission.

La mobilité internationale est un investissement.

Mais on oublie parfois de la piloter comme tel.

4) L’intégration du conjoint et de la famille

On le sait : quand le conjoint ne va pas bien, la mobilité échoue rarement “en douceur”.

C’est souvent progressif, silencieux, et coûteux.

5) Le risque de turnover

Quand une mobilité échoue, le coût n’est pas seulement financier.

C’est aussi une perte de talents, une perte de crédibilité, un impact sur l’employer branding, un coût RH énorme… et parfois une vraie casse sociale.

Plus la mobilité devient complexe, plus l’expertise devient indispensable

La mobilité internationale d’aujourd’hui n’a plus grand-chose à voir avec celle d’il y a 15 ans.

Elle est devenue :

  • hybride

  • multi-pays

  • multi-statuts

  • plus courte ou plus fragmentée

  • plus exposée aux risques fiscaux, sociaux et immigration

  • plus sensible sur le plan humain

Et c’est précisément pour cela que notre métier réclame plus d’expertise, pas moins.


Une question simple à poser en comité

La prochaine fois que vous êtes en comité RH sur des sujets de mobilité internationale, posez juste cette question :

Est-ce qu’on débat de ce sujet parce qu’il est important… ou juste parce qu’il est facile ?

Parce qu’au fond, c’est là que se joue la différence entre :

  • une politique mobilité très détaillée sur les micro-sujets

  • et une politique mobilité réellement stratégique, durable et sécurisée

Et vous, vous l’avez déjà vécu ? 😅

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